Les vêtements à la fibre de chanvre se répandent partout grâce à Afends

En tant qu’amoureux du chanvre, il était impensable de ne pas vous parler d'Afends qui fabrique des vêtements à la fibre de chanvre. Cette marque Australienne concentre une qualité de fabrication, un design unique et une vision du futur. Leur mot d’ordre est ‘Question Everything’. Nous leur avons donc obéis et avons questionné Jono Salfield, co-fondateur et directeur marketing. Il est très doué pour répondre aux questions et est persuadé que la révolution du chanvre est en marche.

Bonjour Jono, dites-en moi un peu plus sur votre parcours. Pourquoi avez-vous créé Afends et pourquoi des vêtements au chanvre ?

Bonjour Geoffrey ! J’ai étudié le design et le multimédia. J’ai toujours été passionné par le design de vêtements. Cela m’a donc paru naturel de créer une marque de vêtements.

Après dix ans d’existence d’Afends, nous avons observé beaucoup de marques utiliser du coton biologique ou du polyester recyclé. C’est très bien, mais le chanvre les surpasse au niveau de la durabilité. C’est la raison principale qui nous a poussé à se lancer dans les vêtements au chanvre. L’autre raison est qu’il correspond à nos valeurs.

Il est difficile de trouver l’origine de votre nom. Que signifie Afends ?

C’est un mot inventé de toute pièce. Nous ne voulions pas d’un mot qui sortait du dictionnaire. C’est aussi un mélange entre, d’une part des contraintes de droits de marque, et d’autre part l’envie de refléter notre culture. Il signifie tout ce qui nous représente : le skate, le surf, la culture, le style de vie, le punk rock. Tous ces mots-clés qui ont fait naître Afends.

Vous devez sans cesse être inspiré pour trouver de nouvelles idées aussi créatives : marketing, vidéos, books. Quel est votre type d’environnement lorsque vous cherchez de l’inspiration ?

Etes vous déjà venu à Byron Bay ? C'est ici que nous sommes implantés, une petite ville côtière en Australie. Il y a beaucoup de culture ici, mais aussi des marques de mode, des surfeurs, des musiciens célèbres. C’est un melting pot de diverses cultures et de personnes qui inspirent la marque et la direction que nous prenons. Si vous venez ici, vous remarquerez que la ville influence le design de nos vêtements.

J’imagine que votre ville est ouverte à propos du chanvre. Est-ce le cas dans le reste du pays ?

Je pense que la vision du chanvre en Australie est partagée. Nous sommes un des derniers pays à l’avoir légalisé en tant que nourriture. La loi est passée en novembre. Avant cela, il y avait quelques entreprises qui vendaient des graines de chanvre mais elles n’étaient pas autorisées à le faire en tant que nourriture pour êtres humains. L’Australie est assez rétrograde.

Je sais qu’en France, vous avez fabriqué beaucoup de produits avec du chanvre depuis déjà des années. Vous êtes l’un des leaders dans le monde pour l’utilisation du chanvre dans des produits. Je pense que lorsque l’Australie rattrapera son retard, la pensée qui associe le chanvre avec la marijuana et le THC disparaîtra. Alors, nous penserons seulement à l’utiliser parce qu’il est pratique et aide l’humanité. Nous l’utiliserons comme un super-aliment, comme une fibre solide pour les vêtements ou un matériau de construction pour les maisons.

A Byron Bay, nous avons de la brique de chanvre pour construire les maisons. Une entreprise a du succès grâce à cela et les habitants ont un grand intérêt à construire leur maison avec de la brique de chanvre. Le gouvernement rend le progrès difficile en ce qui concerne le chanvre, mais la population en général est plus ouverte.

Travailler le chanvre vous apporte-t-il des difficultés avec vos potentiels collaborateurs ?

Les principaux distributeurs ont un problème avec les images que nous produisons. Ils disent que les parents vont se plaindre, pensant que nous faisons la promotion de la marijuana.

Je ne sais pas si vous avez vu la rampe de skate au milieu du champ de chanvre. Beaucoup de ces images n’ont pas été autorisées dans les grands centres commerciaux. Nous vendons aussi nos vêtements dans des magasins plus petits et plus détendus. Nous n’avons aucun problème avec eux. C’est aussi parfaitement accepté sur notre propre site web et dans nos magasins. Cela prendra tout de même du temps pour être totalement accepté.

 

Dites-moi si je me trompe, mais dans votre documentaire « The Afends Hemp Revolution », vous dites que le chanvre est tellement durable, que vous représentez une menace pour les grandes entreprises. Essaient-elles de vous stopper ?

Non, nous n’avons aucune entreprise qui essaie de nous stopper. Les vêtements en chanvre coûtent beaucoup plus cher à fabriquer. Si c’était meilleur marché et que les entreprises craignaient qu’on les concurrence, cela pourrait être différent. Mais cela n’arrive pas. Il y a beaucoup d’évolutions aujourd’hui et nous avons la liberté d’utiliser le chanvre dans nos vêtements.

Le souci est que vous devez vendre un t-shirt 10$ de plus (NDLR : par rapport aux t-shirts en coton). Pour le moment, cela fonctionne pour nous. Les gens aiment notre marque. Cependant, ils sont toujours soucieux des prix, cela pourrait nous ralentir.

Que sera devenu le chanvre dans dix ou vingt ans ?

Dans dix ans, on pourrait imaginer que les énormes entreprises de la « fast fashion » se mettent au chanvre et soit forcées à être plus responsables. Elles pourraient pousser l’industrie assez fort pour que le chanvre devienne une norme. La raison qui fait que le coton est autant utilisé est le développement des machines et des infrastructures de cette industrie. Si l’infrastructure derrière le chanvre était aussi développée, cela serait plus facile d’en produire. Je pense que d’ici vingt ans le chanvre pourrait devenir un des tissus le plus utilisés pour les vêtements.

Cela vaut seulement pour cette industrie. Pour les autres comme la nourriture, il sera aussi largement utilisé car il est très facile à cultiver. Dans les pays en développement, il n’y a pas beaucoup d’eau à cause du climat (NDLR : la culture du chanvre nécessite peu d’eau). Le chanvre nécessite également peu de machines pour le cultiver.

Vous êtes très optimiste ! Et pour Afends ? Allez-vous devenir cent pour cent chanvre ?

Nous le voulons. Encore une fois, le seul souci et ce qui prend du temps à progresser est notre coût de fabrication.  Aussi, vous ne pouvez pas faire un tissu avec uniquement du chanvre, vous devez le combiner à du coton. Nous ne pouvons pas atteindre cent pour cent.

Par exemple, notre short de bain Hemp 3.0 est mélangé à du polyester recyclé. Le jour où il y aura un intérêt plus fort envers le chanvre, plus d’argent investi, et une infrastructure plus développée, alors nous préférerons utiliser du chanvre uniquement. Plus de marques pourraient produire des vêtements au chanvre et ce serait génial !  

Votre mot d’ordre « Question Everything » est très visible sur votre site. Que se passe-t-il lorsque l’on questionne vos affirmations sur le chanvre et sur votre responsabilité en tant qu'entreprise ?

C’est une bonne chose ! Tout le monde devrait tout questionner. La nourriture que l’on mange, les vêtements que l’on porte, les actualités que l’on écoute. C’est une bonne chose si les gens questionnent la « Révolution du chanvre » (NDLR : Afends a produit un court documentaire et une gamme de vêtements au chanvre nommés « Hemp Revolution »). Ils vont alors faire plus de recherches sur le sujet.

S’ils font des recherches, ils vont trouver les mêmes informations que nous. Cela les transformera en ambassadeurs du chanvre. C’est une chose incroyable. Plus vous questionnez les choses pour vous-même, ce que vous avez probablement fait pour vous produits, plus vous êtes à même de trouver la vérité. Avec l’accès à internet, les actualités et les opinions des gens, vous avez une large palette d’informations. Vous avez à votre disposition autre chose que les actualités locales et ce qu’il y a dans les journaux commerciaux. Vous pouvez voir à travers tout le baratin. Il faut toujours tout questionner.

Qu'est-ce qui vous à amené à porter ce message ?

Je crois que nous avons toujours voulu créer des vêtements ou d’autres supports sur lesquels afficher un message en nous disant :

  1. Cela doit être simple.
  2. Pourquoi ne pas exprimer un message positif pour le monde, donner l’envie aux gens d’être de meilleures personnes, de faire de meilleures actions, de prendre soin du monde ?

Avant de terminer, que diriez-vous aux personnes qui ne connaissent rien du chanvre ?

Étudiez-le. Faites vos recherches. Demandez-vous pourquoi c’était la culture la plus répandue au 18e siècle, et pourquoi sans elle il aurait été difficile pour l’Homme de progresser. Demandez-vous pourquoi cela a cessé, d’abord aux Etats-Unis, puis dans le reste du monde. N’écoutez pas toujours ce que disent les gouvernements et les sociétés lorsque quelque chose est considéré comme illégal.

Ensuite, essayez de manger de la nourriture au chanvre, de porter des vêtements en chanvre, ou des cosmétiques et du savon. Voyez ce que vous en pensez. A chaque fois que quelqu’un essaye un t-shirt en chanvre, il nous dit : « Ouah ! Je ne veux plus vraiment porter d’autres t-shirts. Celui-ci est tellement doux et confortable, même après plusieurs lavages. Ils durent aussi plus longtemps ».

Avec Jono, comme avec les autres ambassadeurs du chanvre, nous ressortons de cette conversation souriants et pleins d’espoir. Si vous ressentez la même chose, jetez un œil à leur site pour en découvrir davantage sur leur philosophie et le chanvre. La révolution du chanvre est en marche.